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Chambre 2, de Julie Bonnie : de la scène aux salles d'accouchement


"Grâce à la musique de Gabor et Paolo, j'ai compris que je pouvais être nue, aimée, dans une autre dimension. J'étais touchée par la grâce, une transe dévoilant ma peau. Je devenais un spectre, une pluie, une brume. Je donnais et je recevais. Je ne faisais plus semblant de rien. Le plaisir était réel. Avec le temps, j'ai appris à montrer beaucoup plus que mon corps. J'ai exposé mes blessures, exhibé mes émotions. J'ai dévêtu mon corps, puis j'ai déshabillé mon âme."

Dans ce premier roman très remarqué, qui a reçu le prix Fnac 2013, Julie Bonnie met en scène Béatrice, une auxiliaire de puériculture chargée d'assister les mères juste après leur accouchement. Tout n'est pas toujours rose, loin de là, et d'une chambre à l'autre, devant ces mères parfois brisée, Béatrice se remémore son ancienne vie. Lorsqu'elle dansait nue sur une scène, portée par la musique de l'homme qu'elle aimait...

Ce roman évoque l'accouchement dans toute sa difficulté, et les services de maternité au sein des hôpitaux sont décrits sans concession, dans toutes leurs imperfections. Béatrice ne se satisfait pas de la manière dont on traite les mères, du peu de temps et de moyens qu'elle a à leur accorder. Elle ne se sent pas à l'aise dans son métier, et qui n'était heureuse que sur les routes, grâce à la danse. Ainsi, c'est un roman dur mais bien mené et intéressant, avec un personnage touchant et un encouragement à vivre la vie que l'on s'est choisie. 
Julie Bonnie a utilisé son expérience de musicienne et de chanteuse pour ce roman.

A comme aujourd'hui, de David Levithan


« Que se passe-t-il au moment précis où l’on tombe amoureux ? Comment un laps de temps aussi court peut-il contenir quelque chose d’aussi immense ? Soudain, je comprends pourquoi les gens ont parfois une impression de déjà-vu, pourquoi certains croient à des vies antérieures : l’écho de ce que j’éprouve résonne bien au-delà des quelques années que j’ai vécues sur cette Terre. Le moment où l’on tombe amoureux semble puiser sa source des siècles, des générations en arrière – dans un passé qui s’aligne pour donner naissance à cette intersection précise, étonnante. »

Tous les matins, A se réveille dans un corps différent. Cela dure depuis 16 ans, depuis qu'il est né. Garçon ou fille, les corps habités ont tous le même âge que lui.  Il a appris à s'adapter, à ne pas trop s'attacher et à perturber le moins possible la vie de ses hôtes...jusqu'au jour où il tombe follement amoureux de Rihannon, la petite amie de l'un de ses hôtes d'un jour. Mais peut-on vivre un amour uniquement au jour le jour ?

Dans ce roman, David Levithan utilise le prétexte du changement quotidien de corps pour aborder de nombreux problèmes adolescents : le surpoids, l'envie de mort, le besoin de popularité...mais surtout l'identité sexuelle, puisque A se sent à la fois garçon et fille et aime indifférent des personnes des deux sexes. La romance de A et Rihannon sert de fil rouge au récit, et pose la question de la possibilité d'aimer au présent. Si vous n'avez pas encore envie de la lire, j'ajouterai simplement que la fin est très belle et que le style de l'auteur est agréable.

Ce roman, qui peut plaire à tous à partir de 14 ans, se trouve à la médiathèque.



Esprit d'hiver, de Laura Kasischke : pesant mais prenant !


« C’était quelque chose que Holly avait su, apparemment, au plus profond de son cœur, ou de son inconscient ou quel que soit l’endroit où ce genre d’information se terre à l’intérieur d’une femme, à son insu, pendant des années, jusqu’à ce qu’un évènement lui fasse prendre conscience qu’elle a oublié, ou refoulé, ou…Ou bien était-ce une chose qu’elle avait volontairement ignorée ? A présent elle s’en apercevait : Quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux ! »

"Esprit d'hiver" de Laura Kasischke, un titre de la Rentrée littéraire 2013, a fait parler de lui dès la fin de l'été dans la presse littéraire. Il met en scène une femme du nom de Holly, un matin de Noël. Elle s'est réveillée tard, avec la conviction que quelque chose les a suivis, elle et son mari Eric, lorsqu'ils ont ramené leur petite Tatiana d'un orphelinat russe une quinzaine d'année auparavant. La journée commence mal, Eric doit emmener ses parents à l'hôpital, le blizzard se lève et les invités se décommandent. Mais surtout, Tatiana ne semble plus être elle-même et accable sa mère de reproches...

Ainsi, ce roman est un huis-clos entre mère et fille. N'attendez pas d'action, c'est un roman psychologique qui fouille les rapports entre les deux personnages. Il se caractérise par une ambiance pesante, un malaise qui va crescendo au fur et à mesure que l'intrigue avance, certains évènements confinant même au surnaturel. Mais tout trouve son sens après un final bluffant, qui montre au lecteur que la clé du roman était sous ses yeux depuis le début. C'est donc un récit très bien mené, que vous trouverez à la médiathèque.

Un roman à lire de retour des fêtes de fin d'année!

Pas assez pour faire une femme, de Jeanne Benameur


« Il me sourit et je fonds. Je tends la main vers son épaule. Toucher. Toucher. Je ne sais pas comment j’ai toute cette audace. Je ne peux pas parler mais toucher, oui. Avec lui, oui oui oui. Il sourit plus fort. Il me prend contre lui, il me serre. C’est tout ce que je veux. Et que ça ne s’arrête jamais. Je découvre, je découvre. Je n’aurais jamais assez de temps pour découvrir. Ce que m’ouvre ce garçon c’est un territoire infini à l’intérieur de moi. Je n’en reviens pas. Je n’ai pas envie d’en revenir. »

En cet automne 2013, Jeanne Benameur revient avec un roman adolescent, dont elle situe l'action au début des années 1970. La narratrice, Judith, est âgée de 17 ans et fait son entrée à l'université. Elle vit dans un petit studio et échappe ainsi au joug paternel qui lui pèse terriblement. Avec Alain, elle découvre l'amour et son corps de femme, mais elle prend aussi goût aux luttes politiques. Petit à petit, Judith se montre prête à quitter le chemin suivi par sa mère et sa sœur, et à conquérir sa liberté.

Ce court roman (moins de 100 pages) est avant tout une évocation de l'amour et de la féminité, effectuée avec beaucoup de poésie. Mais Jeanne Benameur nous plonge également dans le contexte du début des années 1970, des années ou des étudiants épris de liberté tente de faire perdurer l'élan de mai 68. Porté par un personnage attachant et intelligent, et par le style très agréable de l'auteure, c'est un roman à ne pas manquer, dès 15 ans et pour les plus grands !

 

La fabrique du monde, de Sophie Van der Linden


"Ma grand-mère et ce livre m’ont tout appris de la vie. Sans elle, je n’aurais jamais rien su de la tendresse, de l’amour, de la bienveillance. Je n’aurais jamais été qu’un pauvre caillou jeté en ce monde…"

Connue en tant que spécialiste de la littérature jeunesse, Sophie Van der Linden se lance à son tour dans l'écriture avec un premier roman qui peut plaire à la fois aux adolescents et aux adultes. Mei, la narratrice, âgée de 17 ans, est ouvrière au sein de l'atelier de couture d'une usine chinoise. Son quotidien est rythmé par les commandes et la cadence des machines, la surveillance du contremaître. Elle rêve d'une vie meilleure, un rêve qu'elle touche du doigt au cours d'une parenthèse enchantée et romantique de quelques jours, à l'occasion du Nouvel An chinois.

Sophie Van der Linden plonge son lecteur dans le quotidien d'une usine chinoise, un système qui s'efforce de faire perdre toute individualité aux jeunes travailleuses. Les tentatives de révolte sont vite étouffées. Pourtant, Mei a entrevu une autre vie dans les livres et se donne tout entière à son rêve lorsque celui-ci se présente. Le retour sur Terre est brutal, et Mei fait preuve d'un entêtement qui confine à la folie... En somme, c'est un roman très prenant et émouvant, à lire à partir de 14-15 ans, que vous trouverez à la médiathèque

Les faibles et les forts, de Judith Perrignon

"Elle nous enseignait la peur, la sienne, qui me contaminait, m’envahissait, le danger s’était installé dans ma tête et ce vide avant moi est devenu peu à peu un trou devant moi."

Après plusieurs essais et un premier roman intitulé "Les chagrins", Judith Perrignon nous revient en cette rentrée littéraire avec un roman évoquant un épisode de la ségrégation aux États-Unis et ses conséquences sur notre époque. Elle révoque deux épisodes qui ont un lien entre deux : la noyade de jeunes afro-américains dans une rivière en 2010, et des émeutes lors d'une tentative d'ouverture des piscines aux gens de couleur en 1949. 

Ce roman à plusieurs voix traite le thème de la ségrégation, au centre de nombreux romans, sous un angle original. L'auteure a su trouver les mots pour restituer la violence des émeutes et la difficulté pour les jeunes afro-américains d'aujourd'hui de trouver leur voie, eux qui ont le sentiment de n'être pour les autorités "que des statistiques". Avec son style percutant et agréable, Judith Perrignon donne vie à une petite dizaine de personnages. Parmi eux, elle fait la part belle à Mary Lee, la grand-mère, celle qui a connu les deux époques, celle de la ségrégation et celle des années 2000.
Ainsi, c'est un roman bien mené, bien pensé et bien écrit, un petit coup de coeur de la Rentrée littéraire 2013, que vous pouvez emprunter dès à présent à la médiathèque.

Une part de ciel, de Claudie Gallay


"L’enfance merveilleuse, ces années qui donnent aux choses un goût si différent. C’était ça, exactement. Cette part précieuse que le temps nous gratte jusqu’à l’os." 

Ce roman nous est narré par Carole, enseignante en cuisine et traductrice à ses heures perdues. Elle pose ses valises au Val des Seuls, le village où elle a grandi. Son père, l'insaisissable Curtil, a annoncé son retour. Là-bas, en Savoie elle retrouve son frère Philippe, garde-chasse amoureux des sentiers de randonnée et sa soeur Gaby, qui vit dans une caravane en élevant une fille qui n'est pas la sienne. Tout en attendant son père, Carole se créé une petite routine au Val des Seuls et s'implique peu à peu dans la vie du village. Arrivera-t-elle à renouer avec ce frère et cette soeur qui ont du mal à la comprendre ? A aller au-delà du drame qui a marqué leur enfance ? 

En cette rentrée littéraire, Claudie Gallay nous offre ici un roman intimiste, un roman du quotidien, des petits gestes de tous les jours. Une histoire de famille et de non-dits. La nature et la montagne occupent une part importante dans le récit, avec de belles descriptions. C'est un roman contemplatif et routinier, qui comporte peu d'action. Son intérêt réside dans les relations entre les personnages et dans la vie du village auquel nous avons peu à peu l'impression d'appartenir, tout comme Carole. Le personnage de Gaby est particulièrement attachant. 

Nous vous conseillons volontiers ce roman qui célèbre les choses simples, que vous trouverez à la médiathèque.

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Ce blog de la médiathèque de Chassieu est consacré aux documentaires et à la fiction

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